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Recueil : Sonnets À Orphée

Un Dieu Le Peut

Un dieu le peut. Mais comment, dis, l’homme le suivrait-il sur son étroite lyre ? Son esprit se bifurque. Au carrefour de deux Chemins du cœur il n’est nul temple d’Apollon. Le chant que tu enseignes n’est point désir : ni un espoir, enfin comblé, de prétendant. Chanter c’est être.…

Nous Dérivons

Nous dérivons. Mais le pas du temps n’est pas tant dans ce qui dure. Tout ce hâtif passera tôt ; car seul vaut ce qui, en demeurant, nous initie. Garçons, ne jetez le cœur ni dans l’élan ni dans l’essor. Tout est reposé : ombre et clarté, livre et fleur.

Toi, Mon Ami

s’adresse à un chien Toi, mon ami, tu es solitaire, car Nous nous approprions par des mots et des gestes le monde peu à peu : sans doute n’est-ce que sa plus dangereuse et sa plus faible part. Qui désigne du doigt une odeur ? — Pourtant des forces qui…

Sens, Tranquille Ami

Sens, tranquille ami de tant de larges, combien ton haleine accroît encor l’espace. Dans les poutres des clochers obscurs, laisse-toi sonner. Ce qui t’épuise devient fort par cette nourriture. Va et viens dans la métamorphose. Quelle est ta plus pénible expérience ? S’il te semble amer de boire, fais-toi vin.…

Respirer, Invisible Poème

Respirer, invisible poème. Toujours autour de moi, d’espace pur échange. Contrepoids où rythmiquement m’accomplit mon haleine. Unique vague dont je sois la mer progressive ; plus économe de toutes les mers possibles, — gain d’espace. Combien de ces lieux innombrables étaient déjà en moi ? Maints vents sont comme mon…

Presque Une Enfant

Presque une enfant, et qui sortait de ce bonheur uni du chant et de la lyre, et brillait, claire, dans ses voiles printaniers, et se faisait un lit dans mon oreille. Elle dormait en moi. Tout était son sommeil. Les arbres jamais admirés, et ce sensible lointain, et le pré…

Pomme Ronde

Pomme ronde, poire, banane et groseille Tout cela parle de vie, de mort dans la bouche. Je sens Lisez plutôt sur le visage de l’enfant lorsqu’il mord dans ces fruits. Oui, ceci vient de loin. Sentez-vous l’ineffable dans votre bouche ? Là où étaient des mots coulent des découvertes, comme…

Or, Un Arbre Monta

Or, un arbre monta, pur élan, de lui-même. Orphée chante ! Quel arbre dans l’oreille ! Et tout se tut. Mais ce silence était lui-même un renouveau : signes, métamorphose Faits de silence, des animaux surgirent des gîtes et des nids de la claire forêt. Il apparut que ni la…

O Viens Et Va

O viens et va. Toi, presque enfant, achève pour un instant la forme de tes pas : pure constellation de l’une de ces danses par quoi la nature, sourde ordonnatrice, un jour est surpassée. Car elle ne se mut, pleinement attentive, que lorsque Orphée chanta. D’un autre temps encor tu…

Miroirs

Miroirs, jamais encor savamment l’on n’a dit ce qu’en votre essence vous êtes. Intervalles du temps, combles de trous, tels des tamis. Vous gaspillez encor la salle vide au crépuscule, profonds comme un bois. Et le lustre traverse ainsi qu’une ramure de cerf votre aire inaccessible. Vous êtes quelques fois…