Chanson De La Seine

La Seine a de la chance

Elle n’a pas de soucis

Elle se la coule douce

Le jour comme la nuit

Et elle sort de sa source

Tout doucement sans bruit

Et sans se faire de mousse

Sans sorti de son lit

Elle s’en va vers la mer

En passant par Paris

La Seine a de la chance

Elle n’a pas de soucis

Et quand elle se promène

Tout le long de ses quais

Avec sa belle robe verte

Et ses lumières dorées

Notre-Dame jalouse

Immobile et sévère

Du haut de toutes ses pierres

La regarde de travers

Mais la Seine s’en balance

Elle n’a pas de soucis

Elle se la coule douce

Le jour comme la nuit

Et s’en va vers le Havre

Et s’en va vers la mer

En passant comme un rêve

Au milieu des mystères

Des misères de Paris.
« Chanson de la Seine », tiré du recueil « Spectacle » paru aux éditions Gallimard

© Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques

La Couleur Locale

Comme il est beau ce petit paysage

Ces deux rochers ces quelques arbres

et puis l’eau et puis le rivage

comme il est beau

Très peu de bruit un peu de vent

et beaucoup d’eau
C’est un petit paysage de Bretagne

il peut tenir dans le creux de la main

quand on le regarde de loin

Mais si on s’avance

on ne voit plus rien

on se cogne sur un rocher

ou sur un arbre

on se fait mal c’est malheureux

Il y a des choses qu’on peut toucher de près

d’autres qu’il vaut mieux regarder d’assez loin

mais c’est bien joli tout de même

Et puis avec ça

le rouge des roses rouges et le bleu des bluets

le jaune des soucis le gris des petits gris

toute cette humide et tendre petite sorcellerie

et le rire éclatant de l’oiseau paradis

et ces chinois si gais si tristes et si gentils

Bien sûr

c’est un paysage de Bretagne

un paysage sans roses roses

sans roses rouges

un paysage gris sans petit gris

un paysage sans chinois sans oiseau paradis

Mais il me plaît ce paysage-là

et je peux bien lui faire cadeau de tout cela

Cela n’a pas d’importance n’est-ce pas

et puis peut être que ça lui plaît

à ce paysage-là

La plus belle fille du monde

ne peut donner que ce qu’elle a

La plus belle fille du monde

je la place aussi dans ce paysage-là

et elle s’y trouve bien

elle l’aime bien

Alors il lui fait de l’ombre

et puis du soleil

dans la mesure de ses moyens

et elle reste là

et moi aussi je reste là

près de cette fille-là

A côté de nous il y a un chien avec un chat

et puis un cheval

et puis un ours brun avec un tambourin

et plusieurs animaux très simples dont j’ai oublié le nom

Il y a aussi la fête

des guirlandes des lumières des lampions

et l’ours brun tape sur son tambourin

et tout le monde dans une danse

tout le monde chante une chanson.
« La couleur locale », tiré du recueil « Spectacle » paru aux éditions Gallimard

© Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques