Les Oiseaux Déguisés

Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l’eau

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu’il voit
Ce qu’il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu’il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l’ai quitté
Et les teintes d’aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d’une nuit d’été

Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s’étonne
Celui qui ne sait plus prier.

Nuit D’automne

De ces bois s’élève.

Sous ces arbres verts,

Qu’un vent frais balance,

J’entends en silence

Leurs légers concerts :

Mollement bercée,

La voûte pressée

En dôme orgueilleux

Serre son ombrage,

Et puis s’entr’ouvrant.

Du ciel lentement

Découvre l’image.

Là, des nuits l’azur

Dans un cristal pur

Déroule ses voiles.

Et le flot brillant

Coule en sommeillant

Sur un lit d’étoiles-Oh ! charme nouveau !

Le son du pipeau

Dans l’air se déploie,

Et du fond des bois

M’apporte à la fois

L’amour et la joie.

Près des ruisseaux clairs.

Au chaume d’Adèle

Le pasteur fidèle

Module ses airs.

Tantôt il soupire,

Tantôt il désire ;

Se tait : tour à tour

Sa simple cadence

Me peint son amour

Et son innocence.

Dans son lit heureux

La pauvre attentive

Écoute, pensive,

Ces sons dangereux :

Le drap qui la couvre

Loin d’elle a roulé,

Heure D’automne

C’est bien mon deuil, le tien, ô l’automne dernière !

Secousses de colère et rages de crinière,

Buissons battus, mordus, hachés, buissons crevés,

Au double bord des longs chemins, sur les pavés,

Bras des buissons, mes bras, mes pauvres bras levés.C’est bien mon deuil, le tien, ô l’automne dernière ?

Quelque chose, là-bas, broyé dans une ornière,

Qui grince immensément ses désespoirs ardus

Et qui se plaint, ainsi que des arbres tordus,

Cris des lointains, mes cris, mes pauvres cris perdus.