Cher Ange, Vous Êtes Belle

Élégie VII.

Cher ange, vous êtes belle
A faire rêver d’amour,
Pour une seule étincelle
De votre vive prunelle,
Le poète tout un jour.

Air naïf de jeune fille,
Front uni, veines d’azur,
Douce haleine-de vanille,
Bouche rosée où scintille
Sur l’ivoire un rire pur ;

Pied svelte et cambré, main blanche,
Soyeuses boucles de jais,
Col de cygne qui se penche,
Flexible comme la branche
Qu’au soir caresse un vent frais ;

Vous avez, sur ma parole,
Tout ce qu’il faut pour charmer ;
Mais votre âme est si frivole,
Mais votre tête est si folle
Que l’on n’ose vous aimer.

Carmen

Camille, en dénouant sur votre col de lait

Vos cheveux radieux plus beaux que ceux d’Hélène,

Égrenez tour à tour, ainsi qu’un chapelet,

Ces guirlandes de fleurs sur ces tapis de laine.

Tandis que la bouilloire, éveillée à demi,

Ronfle tout bas auprès du tison qui s’embrase,

Et que le feu charmant, tout à l’heure endormi,

Mélange l’améthyste avec la chrysoprase ;

Tandis qu’en murmurant, ces vins, célestes pleurs,

Tombent à flots pressés des cruches ruisselantes,

Et que ces chandeliers, semblables à des fleurs,

Mettent des rayons d’or dans les coupes sanglantes ;

Que les Dieux de vieux Saxe et les Nymphes d’airain

Semblent, en inclinant leur tête qui se penche,

Parmi les plâtres grecs au visage serein,

Se sourire de loin dans la lumière blanche ;

Les bras et les pieds nus, laissez votre beau corps

Dont le peignoir trahit la courbe aérienne,

Sur ce lit de damas étaler ses accords,

Ainsi qu’un dieu foulant la pourpre tyrienne.

Que votre bouche en fleur se mette à l’unisson

Du vin tiède et fumant, de la flamme azurée

Et de l’eau qui s’épuise à chanter sa chanson,

Et dites-nous des vers d’une voix mesurée.

Car il faut assouplir nos rythmes étrangers

Aux cothurnes étroits de la Grèce natale,

Pour attacher aux pas de l’Ode aux pieds légers

Le nombre harmonieux d’une lyre idéale.

Il faut à l’hexamètre, ainsi qu’aux purs arceaux

Des églises du Nord et des palais arabes,

Le calme, pour pouvoir dérouler les anneaux

Saints et mystérieux de ses douze syllabes !

La Tulipe

Madrigal Au soleil.

Bel astre à qui je dois mon être et ma beauté,
Ajoute l’immortalité
A l’éclat non pareil dont je suis embellie ;
Empêche que le temps n’efface mes couleurs :
Pour trône donne-moi le beau front de Julie ;
Et, si cet heureux sort à ma gloire s’allie,
Je serai la reine des fleurs.

Je T’adore Mon Lou

Dans le ciel les nuages

Figurent ton image

Le mistral en passant

Emporte mes paroles

Tu en perçois le sens

C’est vers toi qu’elles volent

Tout le jour nos regards

Vont des Alpes au Gard

Du Gard à la Marine

Et quand le jour décline

Quand le sommeil nous prend

Dans nos lits différents

Nos songes nous rapprochent

Objets dans la même poche

Et nous vivons confondus

Dans le même rêve éperdu

Mes songes te ressemblentLes branches remuées ce sont tes yeux qui tremblent

Et je te vois partout toi si belle et si tendre

Les clous de mes souliers brillent comme tes yeux

La vulve des juments est rose comme la tienne

Et nos armes graissées c’est comme quand tu me veux

Ô douceur de ma vie c’est comme quand tu m’aimes