Renouveau

Le printemps maladif a chassé tristement
L’hiver, saison de l’art serein, l’hiver lucide,
Et dans mon être à qui le sang morne préside
L’impuissance s’étire en un long bâillement.

Des crépuscules blancs tiédissent sous mon crâne
Qu’un cercle de fer serre ainsi qu’un vieux tombeau,
Et, triste, j’erre après un rêve vague et beau,
Par les champs où la sève immense se pavane.

Puis je tombe énervé de parfums d’arbres, las,
Et creusant de ma face une fosse à mon rêve,
Mordant la terre chaude où poussent les lilas,

J’attends, en m’abîmant que mon ennui s’élève…
— Cependant l’Azur rit sur la haie et l’éveil
De tant d’oiseaux en fleur gazouillant au soleil.

Avril

Avril, l’honneur et des bois
Et des mois,
Avril, la douce espérance
Des fruits qui sous le coton
Du bouton
Nourrissent leur jeune enfance ;

Avril, l’honneur des prés verts,
Jaune, pers,
Qui d’une humeur bigarrée
Émaillent de mille fleurs
De couleurs
Leur parure diaprée ;

Avril, l’honneur des soupirs
Des zéphyrs,
Qui, sous le vent de leur aile,
Dressent encore es forêts
Des doux rets
Pour ravir Flore la belle ;

Avril, c’est ta douce main
Qui du sein
De la nature desserre
Une moisson de senteurs
Et de fleurs,
Embaumant l’air et la terre.

Avril, l’honneur verdissant,
Florissant
Sur les tresses blondelettes
De ma dame, et de son sein
Toujours plein
De mille et mille fleurettes ;

Avril, la grâce et le ris
De Cypris,
Le flair et la douce haleine ;
Avril, le parfum des dieux
Qui des cieux
Sentent l’odeur de la plaine.

C’est toi courtois et gentil
Qui d’exil
Retire ces passagères,
Ces arondelles qui vont
Et qui sont
Du printemps les messagères.

L’aubépine et l’aiglantin,
Et le thym,
L’oeillet, le lis et les roses,
En ceste belle saison,
À foison,
Montrent leurs robes écloses.

Le gentil rossignolet,
Doucelet,
Découpe dessous l’ombrage
Mille fredons babillars,
Frétillars
Au doux chant de son ramage.

C’est à ton heureux retour
Que l’amour
Souffle à doucettes haleines
Un feu croupi et couvert
Que l’hiver
Recelait dedans nos veines.

Tu vois en ce temps nouveau
L’essaim beau
De ces pillardes avettes
Voleter de fleur en fleur
Pour l’odeur
Qu’ils mussent en leurs cuissettes.

Mai vantera ses fraîcheurs,
Ses fruits meurs
Et sa féconde rosée,
La manne et le sucre doux,
Le miel roux,
Dont sa grâce est arrosée.

Mais moi je donne ma voix
À ce mois,
Qui prend le surnom de celle
Qui de l’écumeuse mer
Voit germer
Sa naissance maternelle.

Juin

Mois de Jésus, mois rouge et or, mois de l’Amour,

Juin, pendant quel le cœur en fleur et Tàme en flamme

Se sont épanouis dans la splendeur du jour

Parmi des chants et des parfums d’épithalame,

Mois du Saint-Sacrement et mois du Sacré-Cœur,

Mois splendide du Sang réel, et de la Chair vraie,

Pendant que l’herbe mûre offre à l’été vainqueur

Un champ clos où le blé triomphe de l’ivraie,

Et pendant quel, nous misérables, nous pécheurs,

Remémorés de la Présence non pareille.

Nous sentons ravigorés en retours vengeurs

Contre Satan, pour des triomphes que surveille

Du ciel là-haut, et sur terre, de l’ostensoir,

L’adoré, l’adorable Amour sanglant et chaste,

Et du sein douloureux où gîte notre espoir

Le Cœur, le Cœur brûlant que le désir dévaste,

Le désir de sauver les nôtres, ô Bonté

Essentielle, de leur gagner la victoire

Éternelle. Et l’encens de l’immuable été

Monte mystiquement en des douceurs de gloire.

Ronde De Printemps

Dans le Parc, dans le Parc les glycines frissonnent,

Etirant leurs frêles bras

Ainsi que de jeunes filles

Qui se réveillent d’un court sommeil

Après la nuit dansée au bal,

Les boucles de leurs cheveux

Tout en papillotes

Pour de prochaines fêtes

Dans le Parc.

Dans les Prés, dans les Prés les marguerites blanches

S’endimanchent, et les coquelicots

Se pavanent dans leurs jupes

Savamment fripées,

Mais les oiseaux, un peu outrés,

Rient et se moquent des coquettes

Dans les Prés.

Dans les Bois, dans les Bois les ramures s’enlacent:

Voûte de Cathédrale aux Silences

Où le pas des Visions se fait pieux et furtif,

Parmi les poses adorantes des Hêtres

Et les blancs surplis des Bouleaux

Sous les vitraux d’émeraude qui font

Cette lumière extatique

Dans les Bois.

Dans l’Eau, dans l’Eau près de joncs somnolents

Tremblent les étoiles plues du soleil

Dans l’Eau,

Et la Belle tout en pleurs

Tombe parmi les joncs somnolents,

Et la Belle

Meurt parmi la torpeur lumineuse des flots:

La Belle Espérance

S’est noyée, et cela fait des ronds

Dans l’Eau.18 mai 1889.

Le Printemps

Le printemps est si beau ! Sa chaleur embaumée
Descend au fond des cœurs réveillés et surpris :
Une voix qui dormait, une ombre accoutumée,
Redemande l’amour à nos sens attendris.
La raison vainement à ce danger s’oppose,
L’image inattendue enivre la raison :
Tel un insecte ailé s’élance sur la rose,
Et la brûle d’un doux poison.
Des jeunes souvenirs la foule caressante
Accourt, brave la crainte, et l’espace et le temps :
Qui n’a cru respirer dans la fleur renaissante,
Les parfums regrettés de ses premiers printemps ?
Et moi, dans un accent qui trouble et qui captive,
Naguère un charme triste est venu m’attendrir.
L’écouterai-je encor, curieuse et craintive,
Ce doux accent qui fait mourir ?
Ce nom… j’allais le dire, il m’est donc cher encore ?
Ma frayeur n’a donc plus de force contre lui ?
Toi qui ne m’entends pas, d’où vient que je t’implore ?
N’es-tu pas loin ? N’ai-je pas fui ?
Reverrai-je tes yeux, dont l’ardente prière
Obtiendrait tout des cieux ?
Oui, pour ne les plus voir j’abaisse ma paupière,
Je m’enfuis dans mon âme, et j’ai revu tes yeux !

L’oiseau né sous nos toits, dans la saison brûlante,
Tourne autour des maisons qu’il reconnaît toujours,
Effleure dans son vol l’ardoise étincelante,
S’y pose, chante, fuit, et revient tous les jours :
Ton chant avec le sien se fond dans ma pensée ;
Trop de bonheur remplit ma poitrine oppressée ;
Je pâlis de plaisir à ces cris de retour ;
J’ai ressenti ta voix, j’ai reconnu l’amour !

Dans le demi-sommeil où je tombe rêveuse,
Je te crains, je t’espère et je te sens venir ;
Tu parles, mais si bas ! Une oreille amoureuse
Peut seule entendre et retenir :
 » Veux-tu, mais ne dis pas que l’heure est trop rapide,
 » Veux-tu voir la montagne et le courant limpide ?
 » Veux-tu venir au pied du grand chêne abattu ?  »
Moi, je ne réponds pas pour écouter :  » Veux-tu ?
 » Veux-tu, mais ne dis pas que la lune est cachée,
 » Veux-tu voir notre image au bord des flots penchée ?
 » Ne tremble pas, tout dort ; l’écho même s’est tu.  »
Et mon refus se meurt en écoutant :  » Veux-tu.  »

D’un bouquet ma tristesse hier s’était parée ;
Dans l’ombre, tout à coup, qui l’ôta de mon sein ?
Ai-je senti le feu de ta main adorée ?
Est-ce toi, mon amour, qui cueillis ce larcin ?
Pourquoi troubler mon sort qui devenait paisible ?
Dans tout ce qui me plaît viens-tu tenter ma foi ?
Dis ! Pourquoi ta main invisible
Se pose-t-elle encor sur moi ?
Pourquoi ton haleine enflammée
Soulève-t-elle mes cheveux ?
Pourquoi ce faible écho, craintif comme nos vœux,
Dit-il contre mon cœur :  » Bonsoir, ma bien-aimée !  »
Ah ! Je t’en prie, il ne faut plus venir
Redemander mon âme presque heureuse :
Je crains de toi jusqu’à ton souvenir :
Loin du danger je suis encor peureuse…
Je ne t’accuse pas ! Qui sait si le tombeau
Sera froid sur mon corps, si ton souffle l’effleure ?
Je ne t’accuse pas ! je pleure,
Et j’aime le printemps ; le printemps est si beau !

Le Printemps

C’est l’aurore et c’est l’avril,

Lui dit-il,

Viens, la rosée étincelle.

– Le vallon est embaumé :

Viens, c’est mai

Et c’est l’aube, lui dit-elle

Et dans le bois abritant

Un étang,

Où les chevreuils viennent boire,

Ils sont allés, les heureux

Amoureux,

Suspendre leur balançoire.

Gaîment ils s’y sont assis,

Puis Thyrsis

Prit les cordes à mains pleines ;

Et voilà qu’ils sont lancés,

Enlacés

Et confondant leurs haleines.

Daphné, près de son ami,

A frémi

D’entendre craquer les branches,

Et, prise d’un rire fou,

Mis au cou

Du brun Thyrsis ses mains blanches.

Mais, fier du fardeau léger,

Le berger

La regarde avec ivresse

Et presse le bercement

Si charmant

Qui lui livre sa maîtresse.

Elle a son seul point d’appui

Contre lui,

Qui touche ce que dérobe

L’écharpe qu’un vent mutin

Du matin

Fait flotter avec la robe.

Leurs beaux cheveux envolés,

Sont mêlés.

Ils vont, rasant les fleurettes

De leurs jeunes pieds unis ;

Et les nids

Là-haut sont pleins de fauvettes.

– Un baiser sur tes cheveux,

Je le veux

Et je veux que tu le veuilles.

– Non, berger, car les grimpants

Ægipans

Sont là, cachés sous les feuilles.

– Un baiser, qu’il soit moins prompt !

Sur ton front,

Sur ta bouche qui m’attire !

– Non, berger. N’entends-tu pas

Que là-bas

Déjà ricane un satyre ?

Ainsi l’ingénue enfant

Se défend

Et veut détourner la tête ;

Mais, pour augmenter sa peur,

Le trompeur

Fait voler l’escarpolette ;

Et craintive, et s’attachant

Au méchant

Qui lâchement en profite,

La vierge au regard divin

Bien en vain

L’adjure d’aller moins vite.

Mais déjà le bercement

Lentement

S’affaiblit et diminue.

Les enfants se sont assez

Balancés,

Mais leur baiser continue.

Où ce jeu les mène-t-il ?

Très subtil

Est Éros, riveur de chaînes,

Et, dans le taillis en paix,

Très épais

Le gazon au pied des chênes.

Sur l’écorce des rameaux

En deux mots

Plus d’une idylle est écrite,

Et sous les myrtes de Cos

Les échos

Savent par cœur Théocrite.

Les Soleils De Mai

 » Pourquoi ces yeux rêveurs et ce regard penché ?

De quel secret ennui ton cœur est-il touché ?

Qu’as-tu ma grande et pâle Amie,

Qu’as-tu ? Vois ce beau ciel sourire et resplendir !

Oh ! souris-moi ! Je sens mon cœur s’épanouir

Avec la terre épanouie. » Sur le cours bleu des eaux, au flanc noir de la tour,

Regarde ! l’hirondelle est déjà de retour.

Ailes et feuilles sont décloses.

C’est la saison des fleurs, c’est la saison des vers.

C’est le temps où dans l’âme et dans les rameaux verts

Fleurissent l’amour et les roses.

Le Printemps

Les bourgeons verts, les bourgeons blancs
Percent déjà le bout des branches,
Et, près des ruisseaux, des étangs
Aux bords parsemés de pervenches,
Teintent les arbustes tremblants ;

Les bourgeons blancs, les bourgeons roses,
Sur les buissons, les espaliers,
Vont se changer en fleurs écloses ;
Et les oiseaux, dans les halliers,
Entre eux déjà parlent de roses ;

Les bourgeons verts, les bourgeons gris,
Reluisant de gomme et de sève
Recouvrent l’écorce qui crève
Le long des rameaux amoindris ;
Les bourgeons blancs, les bourgeons rouges,
Sèment l’éveil universel,
Depuis les cours noires des bouges

Jusqu’au pur sommet sur lequel,
Ô neige éclatante, tu bouges ;
Bourgeons laiteux des marronniers,
Bourgeons de bronze des vieux chênes,
Bourgeons mauves des amandiers,
Bourgeons glauques des jeunes frênes,
Bourgeons cramoisis des pommiers,

Bourgeons d’ambre pâle du saule,
Leur frisson se propage et court,
À travers tout, vers le froid pôle,
Et grandissant avec le jour
Qui lentement sort de sa geôle,
Jette sur le bois, le pré,
Le mont, le val, les champs , les sables,
Son immense réseau tout prêt
À s’ouvrir en fleurs innombrables
Sur le monde transfiguré.

Le Printemps

Déjà j’ai vu le verger
Se parer de fleurs nouvelles ;
Le Zéphyr, toujours léger,
Déjà folâtre autour d’elles.

L’hiver fuit ; tout va changer,
Tout renaît : à ce bocage
Le printemps rend le feuillage,
Aux verts tapis leur fraîcheur,
Aux rossignols leur ramage ;
Et non la paix à mon cœur.

Le soleil, fondant la glace
Qui blanchissait le coteau,
Revêt d’un éclat nouveau
Le gazon qui la remplace.

Le ruisseau libre en son cours,
Avec son ancien murmure,
Reprend ses anciens détours.
Son eau, plus calme et plus pure,
Suit sa pente sans efforts ;
Et, fuyant dans la prairie,
Féconde l’herbe fleurie
Dont Flore embellit ses bords.

Voyez-vous le vieil érable
Couronner de rameaux verts
Son front large et vénérable
Qui se rit de cent hivers ?
Une naissante verdure
Revêt aussi ses vieux bras,
Dégagés des longs frimas
Que suspendait la froidure.

Oh ! que les champs ont d’appas !
La plaine, au loin, se colore
De l’émail changeant des fleurs,
Que n’outragea pas encore
Le fer cruel des faneurs.

La passagère hirondelle
À son nid est de retour :
La douce saison d’amour
Dans nos climats la rappelle.
Elle accourt à tire-d’aile,
L’imprudente, et ne voit pas
L’insidieuse ficelle
Dont l’homme a tissu ses lacs :
À travers l’onde et l’orage,
Quand elle affrontait la mort,
La pauvrette, loin du port,
Ne prévoyait pas le sort
Qui l’attendait au rivage !

Désormais en liberté,
La pastourelle enflammée
Court à l’onde accoutumée
Qui lui peignait sa beauté.
Contre l’infidélité
Le clair miroir la rassure,
Et lui dit que les autans,
Ces fléaux de la nature,
Moins à craindre que le temps,
N’ont pas gâté sa figure.

Déjà j’ai vu les agneaux,
Oubliant la bergerie,
Brouter l’herbe des coteaux
Et bondir dans la prairie.
L’impatient voyageur
Sort de sa retraite oisive,
Et la barque du pêcheur
Flotte plus loin de la rive.

De la cime du rocher
D’où son regard se promène,
Déjà le hardi nocher
Affronte l’humide plaine ;
Fatigué du long repos
Dans lequel l’hiver l’enchaîne,
Il retourne sur les flots.
Loin des paternels rivages
Qu’il ne doit jamais revoir,
Il court, hélas ! plein d’espoir,
Chercher de plus riches plages.
Intrépide, il fuit le port.
À la gaîté qui l’anime,
Le croirait-on sur l’abîme
Où cent fois il vit la mort ?

Et moi seul, quand l’espérance
Luit au fond de tous les cœurs,
Je vois la saison des fleurs,
Sans voir finir ma souffrance !
Loin de partager mes feux,
Daphné rit de ma tristesse.
Hélas ! le trait qui me blesse
Ne part-il pas de ses yeux ?

Mille fois, dans mon délire,
Ceint de lauriers toujours verts,
J’ai célébré dans mes vers,
Et la beauté que je sers,
Et l’amour qu’elle m’inspire.

Ah ! si d’éternels mépris,
Daphné, sont encor le prix
D’une éternelle constance,
Tremble : l’amour outragé
Peut être à la fin vengé
De ta longue indifférence :
Je puis, de la même voix
Qui te chanta sur ma lyre,
Publier tout à la fois
Tes rigueurs et mon martyre.

Qu’ai-je dit ? pardonne-moi ;
Pardonne, ô ma douce amie !
D’un cœur qui se plaint de toi
Idole toujours chérie.
Un siècle entier, nuit et jour,
J’ai langui dans la contrainte ;
Et c’est un excès d’amour
Qui m’arrache cette plainte.

Mais, ô Daphné ! soit que ton cœur
Dédaigne ou partage ma flamme,
Dans ta pitié, dans ta rigueur,
Sois toujours l’âme de mon âme.

Écrit en 1785.

Ballade De Printemps

Dites-moi, blanche tourterelle,

Etes-vous la colombe d’antan

Qui chantait la paix perpétuelle

En refrain gai et roucoulant ?

C’est le ramage d’une pastourelle

Ou bien l’écho, la ritournelle

Dans la bouche du petit enfant.

Sa voix chante comme une crécelle

Que demain sera le printemps.Dites-moi, gente demoiselle,

Mon âme en peine depuis trois ans

N’a céans revu votre ombrelle

Ni entendu vos rires charmants,

Vous n’êtes plus cette jouvencelle

Qui jouait jadis à la marelle.

Oh, donnez-moi quelques instants

De vrai bonheur sous cette tonnelle

Quand demain sera le printemps !

Printemps

À Adolphe Magu.

Les amoureux ne vont pas loin :
On perd du temps aux longs voyages.
Les bords de l’Yvette ou du Loing
Pour eux ont de frais paysages.

Ils marchent à pas cadencés
Dont le cœur règle l’harmonie,
Et vont l’un à l’autre enlacés
En suivant leur route bénie.

Ils savent de petits sentiers
Où les fleurs de mai sont écloses ;
Quand ils passent, les églantiers,
S’effeuillant, font pleuvoir des roses.

Ormes, frênes et châtaigniers,
Taillis et grands fûts, tout verdoie,
Berçant les amours printaniers
Des nids où les cœurs sont en joie :

Ramiers au fond des bois perdus,
Bouvreuils des aubépines blanches,
Loriots jaunes suspendus
À la fourche des hautes branches.

Le trille ému, les sons flûtés,
Croisent les soupirs d’amoureuses :
Tous les arbres sont enchantés
Par les heureux et les heureuses.

Le Matin

Dans le matin qui naît les feux mourants s’éteignent :

Le jour incertain flotte et tremble dans la nuit.

On ne voit presque plus les étoiles. L’air luit,

Et les rayons de l’astre inaperçu l’imprègnent.

Deux fiers chevaux, au vent plus frais qui passe, baignent

Leurs naseaux, hennissant à l’aurore. — Sans bruit

Une esclave les panse, et l’œil dessine et suit

Ses reins sveltes, moulés aux plis qui les étreignent.

Près des tentes, berçant des rêves indolents,

Les maîtres sont couchés dans leurs grands burnous blancs :

C’est le désert muet dans sa grave harmonie.

Ô fort poète, épris de l’austère beauté,

Quel secret a servi ta pensée infinie

Pour qu’en ce cadre étroit tienne l’immensité !