À La Marquise Du Châtelet

(Sur la liaison de la marquise avec Maupertuis)

Ainsi donc cent beautés nouvelles
Vont fixer vos brillants esprits
Vous renoncez aux étincelles,
Aux feux follets de mes écrits
Pour des lumières immortelles ;
Et le sublime Maupertuis
Vient éclipser mes bagatelles.
Je n’en suis fâché ni surpris ;
Un esprit vrai doit être épris
Pour des vérités éternelles :
Mais ces vérités que sont-elles ?
Quel est leur usage et leur prix ?
Du vrai savant que je chéris
La raison ferme et lumineuse
Vous montrera les cieux décrits,
Et d’une main audacieuse
Vous dévoilera les replis
De la nature ténébreuse :
Mais, sans le secret d’être heureuse,
Il ne vous aura rien appris.

À ****

Je me disais : — Cet homme est-il un saltimbanque ?
Ne faut-il pas le plaindre ? Est-ce un sens qui lui manque ?
Il ne comprend donc pas ? Est-ce un aveugle-né ?
Un bègue ? Un sourd ? D’où vient que ce triste obstiné
Méconnaît tout génie et toute gloire, et rampe,
Tâchant d’éteindre l’astre et de souffler la lampe,
Et déchire, dénigre, insulte, blesse, nuit,
Et sur toute clarté va bavant de la nuit ? —

Maintenant je t’ai vu de près, ô misérable ;
J’ai vu ton œil, ton dos, ton échine, ton râble,
Ton crâne plat, ton ventre odieux ; et du doigt
Asmodée a levé le plafond de ton toit ;
Je t’ai vu te traîner, ivre et triste ; et, farouche,
Arracher en jouant les ailes d’une mouche.
J’ai vu ton rire, hélas ! Je n’ai pas vu tes pleurs.
Je t’ai vu haïr l’aube, et marcher sur les fleurs,
Et sans cesse écraser la vie à ton passage ;
Et battre les enfants, et cracher au visage
De cette fille à qui tu donnes quinze sous ;
J’ai vu tes vêtements dans l’ordure dissous ;
J’ai vu ton cœur sans Dieu, ta chambre sans cuvette ;
Je t’ai vu t’irriter au chant d’une fauvette,
Toujours plisser le front, toujours crisper le poing ;
Et j’ai compris pourquoi tu ne comprenais point.

Sonnet De Nuit

Ô croisée ensommeillée,
Dure à mes trente-six morts !
Vitre en diamant, éraillée
Par mes atroces accords !

Herse hérissant rouillée
Tes crocs où je pends et mords !
Oubliette verrouillée
Qui me renferme… dehors !

Pour Toi, Bourreau que j’encense,
L’amour n’est donc que vengeance ?…
Ton balcon : gril à braiser ?…

Ton col : collier de garotte ?…
Eh bien ! ouvre, Iscariote,
Ton judas pour un baiser !

L’adultère, Celui Du Moins Codifié

Le Sage, de qui l’âme et l’esprit vont tous deux,

Bien équilibrés, droit, au vrai milieu des causes,

Pleure sur telle femme en route pour ces choses.

Il plaide l’ignorance, elle donc ne sachant

Que le côté naïf, c’est-à-dire méchant,Hélas ! de cette douce et misérable vie.

Elle plait et le sait, et ce qu’elle est ravie

Mais son caprice tue, elle l’ignore tant !

Elle croit que d’aimer c’est de l’argent comptant,

Non un fonds travaillant, qu’on paie et qu’on est quitte,

Que d’aimer c’est toujours  » qu’arriva-t-elle ensuite « ,

Non un seul vœu qui tient jusqu’à la mort de nous.

Solitude

Les choses formant d’habitude
Au plus fauve endroit leur tableau :
Les rochers, les arbres et l’eau,
Manquent à cette solitude.

D’un gris fané de vieille laine,
De couleur verte dénué
Et de partout continué
Par l’indéfini de la plaine,

Tel ce champ étend sa tristesse,
Sans un genêt, sans un chardon,
La ronce, indice d’abandon,
N’étant pas même son hôtesse.

Le ciel blanc, comme un morne dôme,
Tout bombé sur son terrain plat,
Raye d’un éclair çà et là
La lividité de son chaume.

On dirait une espèce d’île
Au milieu d’océans caillés,
Tant les quatre horizons noyés
Ont un enlacement tranquille !

Le spectre ici ? Ce serait l’être
Dont on guette venir le pas,
Le quelqu’un que l’on ne voit pas
Mais qui pourrait bien apparaître.

En ce lieu d’atmosphère lourde,
Où couve un malaise orageux,
Il souffle un frais marécageux
D’odeur cadavéreuse et sourde.

Pas un frisson, pas une pause
Du silence et du figement !
La pleine mort, totalement,
En a fait sa lugubre chose.

Mais ce qui, surtout, de la terre
Monte, funèbre, avec la nuit,
C’est l’effroi, la stupeur, l’ennui
De l’éternité solitaire.

On voit à cette heure émouvante,
D’aspect encor plus solennel,
Ce champ et ce morceau de ciel
Communier en épouvante.

L’espace devant l’œil dévide
Son interminable lointain
Emplissant le jour incertain
De son vague absolument vide.

Malgré l’amas de la tempête
D’un poids noir et toujours croissant,
Ici, le vent même est absent
Comme la personne et la bête.

L’ombre vient… l’horreur est si grande
Que je quitte ce désert nu,
M’y sentant presque devenu
Le fantôme que j’appréhende !…

La Conscience

La Conscience voit dans nous
Comme le chat dans les ténèbres.
Tous ! les obscurs et les célèbres,
L’impie et le moine à genoux,

Nous cachons en vain nos dessous
À ses regards froids et funèbres !
La Conscience voit dans nous
Comme le chat dans les ténèbres.

Tant que l’Esprit n’est pas dissous,
Et que le sang bat les vertèbres,
Elle déchiffre nos Algèbres,
Et plonge au fond de nos remous.
La Conscience voit dans nous ! —

Abel Et Caïn

Vos cheveux me faisaient rêver au blond Septembre,
Vos lèvres évoquaient la splendeur du Printemps,
Et près de vous, ainsi qu’un lointain parfum d’ambre
Je respirais dans l’air des souvenirs flottants.

Vos yeux que j’emplissais de mes propres pensées,
Inconscients et doux, dans le bruissement
Du silence, parlaient des heures dépensées,
Et je me confessais à vous mystiquement.

Je confessais que les Printemps et les Automnes
Passent en vain le seuil sacré des horizons,
Car mon âme est pareille aux déserts monotones
Assoupis dans l’oubli stérile des saisons.

Paris dormait ; avec un grave bruit de cuivre,
Des horloges sonnant les heures à la fois
Proclamaient dans la nuit la vanité de vivre,
Et vos rires semblaient complices de leurs voix.

Ainsi vous terrassiez mon rude orgueil d’artiste,
Et j’ai vu mon néant à la chère clarté
De vos regards ; et j’ai par vous la gloire triste
De la honte pieuse et de l’humilité.

La Tête Et La Queue Du Serpent

Le Serpent a deux parties

Du genre humain ennemies,

Tête et Queue ; et toutes deux

Ont acquis un nom fameux

Auprès des Parques cruelles :

Si bien qu’autrefois entre elles

Il survint de grands débats

Pour le pas.

La Tête avait toujours marché devant la Queue.

La Queue au Ciel se plaignit,

Et lui dit :

 » Je fais mainte et mainte lieue,

Comme il plaît à celle-ci :

Croit-elle que toujours j’en veuille user ainsi ?

Je suis son humble servante.

On m’a faite, Dieu merci,

Sa soeur et non sa suivante.

Toutes deux de même sang,

Traitez-nous de même sorte

Aussi bien qu’elle je porte

Un poison prompt et puissant.

Enfin, voilà ma requête :

C’est à vous de commander

Qu’on me laisse précéder

À mon tour ma soeur la Tête.

Je la conduirai si bien,

Qu’on ne se plaindra de rien.  »

Le Ciel eut pour ses voeux une bonté cruelle.

Souvent sa complaisance a de méchants effets.

Il devrait être sourd aux aveugles souhaits.

Il ne le fut pas lors ; et la guide nouvelle,

Qui ne voyait, au grand jour,

Pas plus clair que dans un four,

Donnait tantôt contre un marbre,

Contre un passant, contre un arbre :

Droit aux ondes du Styx elle mena sa soeur.

Malheureux les États tombés dans son erreur !

Ferrum Est Quod Amant

Sous les pleurs du jet d’eau qui bruit dans la vasque,

Armide étreint les flancs du héros enchaîné.

Près d’Ares, qui de sang ruisselle, Dioné

Mêle ses fins cheveux aux crins rudes d’un casque

Donc, ô femme, toujours ton caprice fantasque

Aux boucles des brassards s’accroche fasciné.

Ton orgueil, par le glaive absurde dominé,

Tombe aux pieds des pesants pourfendeurs comme un masque.

Si tu t’offres ainsi, lubrique, à ces vainqueurs,

C’est qu’ils ont comme toi versé le sang des cœurs.

C’est que ta lèvre rouge est pareille à des traces

Sanglantes sur l’épée aux sinistres éclairs,

Et que, mieux qu’au miroir, dans l’acier des cuirasses

Tu te plais à mirer tes yeux cruels et clairs.

La Vengeance

Quand j’entrai dans la vie, au sortir de l’enfance,

A cet âge innocent où l’homme sans défense,

Inquiet, sans appui, cherche un guide indulgent,

Et, demandant au ciel un ami qui l’entende.

Sent qu’il a si besoin d’une main qu’on lui tende

Et d’un regard encourageant ;

Toi seule, armant ta voix d’une affreuse ironie,

As fait sur un enfant peser ta tyrannie :

A tes rires amers que tu m’as immolé !

Par un plaisir cruel prolongeant ma souffrance,

Ta bouche comme un crime a puni l’ignorance

Et tes dédains m’ont accablé.

Sais-tu que se venger est bien doux ? Mon courage

A supporté l’affront et dévoré l’outrage :

Comme une ombre importune attachée à tes pas

J’ai su te fatiguer par ma fausse tendresse,

J’ai su tromper ton cœur, j’ai su feindre l’ivresse

D’un amour que je n’avais pas.

Te souviens-tu d’abord comme ta résistance

Par de cruels mépris éprouva ma constance.

Mais je pleurai, je crois, je parlai de mourir…

Et puis, on ne peut pas toujours être rebelle ;

A s’entendre sans fin répéter qu’on est belle,

Il faut pourtant bien s’attendrir.

Grâce au ciel ! ma victoire est enfin assurée ;

Au mépris d’un époux et de la foi jurée.

Enfin, tu t’es livrée à moi, tu m’appartiens !

J’ai senti dans ma main frémir ta main tremblante

Et mes baisers errants sur ta bouche brûlante

Se sont mêlés avec les tiens !

Et bien ! sache à présent, et que ton cœur se brise.

Sache que je te hais et que je te méprise,

Sache bien que jamais je ne voulus t’avoir

Que pour pouvoir un jour en face te maudire.

Rire de tes tourments, à mon tour, et te dire

Tout ce que je souffre à te voir !

As-tu donc pu jamais, malheureuse insensée,

Croire que ton image occupait ma pensée ?

Connais-moi maintenant et comprends désormais

Quelle horreur me poussait, quelle rage m’enflamme,

Et ce qu’il m’a fallu de haine au fond de l’âme

Pour te dire que je t’aimais ?

J’ai donc bien réussi, je t’ai donc bien frappée ;

Par un adolescent ta vanité trompée

A pu croire aux serments que ma voix te jurait !

Malgré cet œil perçant, malgré ce long usage,

Tu n’as donc jamais rien trouvé sur mon visage

Qui trahît cet affreux secret ?

Je te lègue en fuyant, une honte éternelle.

Je veux que le remords, active sentinelle.

S’attache à sa victime, et veille à tes côtés,

Qu’il expie à la fois mes chagrins, mes injures

Et cette horrible gêne et ces mille parjures

Que la vengeance m’a coûtés.

C’est bien. Je suis content : j’ai passé mon envie ;

D’un souvenir amer j’empoisonne ta vie.

Va-t’en ! pour me fléchir ces cris sont superflus.

Va-t’en ! pleure à jamais ta honte et ta faiblesse

Et songe bien au moins que c’est moi qui te laisse

Et que c’est moi qui ne veux plus !

À Alfred Tattet

Alfred, j’ai vu des jours où nous vivions en frères,
Servant les mêmes dieux aux autels littéraires :
Le ciel n’avait formé qu’une âme pour deux corps ;
Beaux jours d’épanchement, d’amour et d’harmonie,
Où ma voix à la tienne incessamment unie
Allait se perdre au ciel en de divins accords.

Qui de nous a changé ? Pourquoi dans la carrière
L’un court-il en avant, laissant l’autre en arrière ?
Lequel des deux soldats a déserté les rangs ?
Pourquoi ces deux vaisseaux qui naviguaient ensemble,
Désespérant déjà d’un port qui les rassemble,
Vont-ils chercher si loin des bords si différents ?

Je n’ai pas dévoué mon maître aux gémonies,
Je n’ai pas abreuvé de fiel et d’avanies
L’idole où mes genoux s’usaient à se plier :
Je n’ai point du passé répudié la trace,
J’y suis resté fidèle, et n’ai point, comme Horace,
Au milieu du combat jeté mon bouclier.

Non, c’est toi qui changeas. Un nom qui se révèle
T’éblouit des rayons de sa gloire nouvelle.
Tu vois dans le bourgeon le fruit qui doit mûrir :
Mécène du Virgile et saint Jean du Messie,
Tu répands en tous lieux la saint Prophétie,
Tu sèmes la parole et tu la fais fleurir.

Je ne suis pas de ceux qui vont dans les orgies
S’inspirer aux lueurs blafardes des bougies,
Qui dans l’air obscurci par les vapeurs du vin,
Tentent de ranimer leur muse exténuée,
Comme un vieillard flétri qu’une prostituée
Sous ses baisers impurs veut réchauffer en vain.

C’est ainsi que j’entends l’œuvre de poésie :
Chacun de nous s’est fait l’art à sa fantaisie,
Chacun de nous l’a vu d’un différent côté.
Prisme aux mille couleurs, chaque œil en saisit une
Suivant le point divers où l’a mis la fortune :
Dieu lui seul peut tout voir dans son immensité.

Conserve la croyance et respecte la nôtre,
Apôtre dévoué de la gloire d’un autre ;
Fais-toi du nouveau Dieu confesseur et martyr,
Ne crois pas que mon cœur cède comme une argile
Ni que ta voix, prêchant le nouvel Évangile,
Si chaude qu’elle soit, puisse me convertir.

Adieu. Garde ta foi, garde ton opulence.
Laisse-moi recueillir mon cœur dans le silence,
Laisse-moi consumer mes jours comme un reclus ;
Pardonne cependant à cette rêverie,
C’est le chant d’un proscrit en quittant la patrie,
C’est la voix d’un ami que tu n’entendras plus.

Amour

[…] Regardez cette mine orgueilleuse et sauvage
Le feu de la Colere éclate en son visage.
Son Esprit en desir détaché de son corps,
Donne un second combat aux Esprits de ces morts
Il sent avec plaisir leur meurtre et la victoire :
Il les égorge avecque la memoire :
Et cherche dans leur sang, qui commence à pourrir,
S’il n’est rien demeuré qui puisse encor mourir.
Sa haine cependant accompagnant leurs Ombres,
Jusqu’à ce bas pais de feux tristes et sombres,
Prepare à leurs tourmens, des vautours, des rochers,
Des hydres, des grifons, des cordeaux, des buchers :
Et compose un souhait contre les malheureuses,
De tout ce que l’Enfer a de fables affreuses.

Il faut icy donner du courage à nos yeux,
Pour leur faire passer ce Pont prodigieux,
Où des morts élevez de l’une à l’autre rive,
Font une digue à l’onde, et la tiennent captive,
Effroyable travail, barbare invention,
Où toute la Nature est en confusion
Pont, Cimetiere, Ecueil, Theatre de la guerre ;
Pont sans pierre et sans bois ; Cimetiere sans terre ;
Ecueil mol et cruel, qui fais du sang dans l’eau ;
Theatre où mille corps n’ont qu’un flotant tombeau :
Au pais de la Mort ces funestes rivieres,
Où l’on ne void flotter pour bateaux que des bieres ;
Ni ce Lac eternel où réside l’effroy,
Pourroientils sur leurs eaux souffrir de tels ouvrages,
A moins que de détruire euxmesmes leurs rivages ?
Ce Fleuve s’en effraye, il n’ose l’approcher,
Et cherche sous la terre un lieu pour se cacher.
Son onde épouvantée en retarde sa course,
Et remonte en tremblant vers le lieu de sa source.
A voir de loin fumer le sang qui le remplit,
On croiroit que le feu se soit pris à son lit.
… Au lieu qu’auparavant les plus belles Etoiles,
Laissant à ces peupliers leur carquois et leurs voiles,
Nettoyoient dans ce fleuve, après le jour éteint,
Les vapeurs dont la terre avoit terni leur teint :
Que la Lune y venoit laver ces taches sombres,
Que les monts et les bois luy causent de leurs ombres :
Que l’Astre des Estez au milieu de son cours,
Y trempoit les rayons dont il fait les grands jours :
Et qu’avec les Zephyrs, les Nymphes des fontaines,
Tenoient toujours le Bal, ou le Cercle en ces plaines :
On n’y void maintenant qu’un Theatre d’horreur,
Où la Haine a lassé les bras à la fureur :
Qu’un fleuve à qui le sang a fait changer de face ;
Et qui mesme en son lit, à peine trouve place :
Que des membres sanglants, separez de leurs corps,
Que des dards, des chevaux, et des peuples de morts,
A qui leurs armes sont de nobles sepultures,
Et qui pleuvent encor leur sort par leurs blessures…

Parthénope Et L’étrangère

O femme, que veux-tu ? Parthénope, un asile.

– Quel est ton crime ? Aucun. Qu’as-tu fait ? Des ingrats.

– Quels sont tes ennemis ? Ceux qu’affranchit mon bras ;

Hier on m’adorait, aujourd’hui l’on m’exile.

– Comment dois-tu payer mon hospitalité ?

– Par des périls d’un jour et des lois éternelles.

– Qui t’osera poursuivre au sein de ma cité ?

– Des rois. Quand viendront-ils ? Demain. De quel côté ?

– De tous Eh bien ! Pour moi tes portes s’ouvrent-elles ?

– Entre ; quel est ton nom ? Je suis la Liberté !Recevez-la, remparts antiques,

Par elle autrefois habités ;

Au rang de vos divinités

Recevez-la, sacrés portiques ;

Levez-vous, ombres héroïques,

Faites cortége à ses côtés.

Beau ciel napolitain, rayonne d’allégresse ;

Ô terre, enfante des soldats ;

Et vous, peuples, chantez ; peuples, c’est la déesse

Pour qui mourut Léonidas.

Hercule

De la dépouille de nos bois
L’automne avait jonché la terre ;
Le bocage était sans mystère,
Le rossignol était sans voix.
Triste, et mourant à son aurore,
Un jeune malade, à pas lents,
Parcourait une fois encore
Le bois cher à ses premiers ans :
‘ Bois que j’aime ! adieu… je succombe.
Ton deuil m’avertit de mon sort ;
Et dans chaque feuille qui tombe
Je vois un présage de mort.
Fatal oracle d’Epidaure,
Tu m’as dit : ‘ Les feuilles des bois
‘A tes yeux jauniront encore ;
‘Mais c’est pour la dernière fois.
‘L’éternel cyprès se balance ;
‘Déjà sur ta tête en silence
‘Il incline ses longs rameaux :
‘Ta jeunesse sera flétrie
‘Avant l’herbe de la prairie,
‘Avant le pampre des coteaux. ‘
Et je meurs ! De leur froide haleine
M’ont touché les sombres autans ;
Et j’ai vu, comme une ombre vaine,
S’évanouir mon beau printemps.
Tombe, tombe, feuille éphémère !
Couvre, hélas ! ce triste chemin ;
Cache au désespoir de ma mère
La place où je serai demain.
Mais si mon amante voilée
Au détour de la sombre allée
Venait pleurer quand le jour fuit,
Eveille par un léger bruit
Mon ombre un instant consolée. ‘
Il dit, s’éloigne… et, sans retour…
La dernière feuille qui tombe
A signalé son dernier jour.
Sous le chêne on creusa sa tombe…
Mais son aimante ne vint pas
Visiter la pierre isolée ;
Et le pâtre de la vallée
Troubla seul du bruit de ses pas
Le silence du mausolée.

Pasiphaé

Un rose mauve dans les hautes herbes,
un gris soumis, la vigne alignée …
Mais audessus des pentes, la superbe
d’un ciel qui reçoit, d’un ciel princier.

Ardent pays qui noblement s’étage
vers ce grand ciel qui noblement comprend
qu’un dur passé à tout jamais s’engage
à être vigoureux et vigilant.